| Trouver un terrain d'entente dans le débat sur l'avortement à risques |
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‹‹ Si vous voyiez ce que nous voyons chaque jour ››, déclare le docteur Boniface Oye-Adeniran, obstétricien-gynécologue au nombre des quatre coordinateurs de la campagne nigériane CAUP contre les grossesses non désirées, ‹‹ vous passeriez aussi à l'action ››. Le docteur Oye-Adeniran parle des jeunes victimes des conséquences de l'avortement à risques, le plus souvent adolescentes. Au Nigeria, où l'avortement n'est légal que lorsque la grossesse menace la vie de la mère, ces jeunes femmes franchissent — ou y sont amenées — chaque jour le seuil de ce médecin-praticien.
La mort, le défigurement et les complications de santé qui attendent ces femmes ont poussé le docteur Oye-Adeniran à agir. En août 1991, avec son ami et confrère de longue date, l'obstétricien-gynécologue Isaac Adewole, et en collaboration avec l'activiste Ngozi Iwere de l'organisation Community Life Project établie à Lagos, il a fondé The Campaign Against Unwanted Pregnancy (campagne CAUP contre les grossesses non désirées), un groupe de médecins, avocats, activistes pour les droits des femmes, infirmières, journalistes, spécialistes des sciences sociales et autres Nigérians déterminés à mettre fin au fléau de l'avortement à risques au Nigeria. Les vastes affiliations et activités du docteur Oye-Adeniran et du professeur Adewole ont contribué à l'établissement d'une solide base au soutien du groupe : les deux hommes sont médecins-praticiens et professeurs de médecine ; ils ont tous deux occupé de hauts postes dans les facultés de médecine et associations de médecins les plus éminentes du pays. Leur recherche pionnière a jeté la lumière sur la nature et la portée fort peu documentées de l'avortement à risques au Nigeria. Dans l'espoir de sensibiliser la prochaine génération de prestataires médicaux du pays, ils ont parrainé, le 11 octobre 1997, la formation d'Action Group on Adolescent Health (AGAH), une association d'étudiants présente dans huit facultés nigérianes de médecine. Pour le docteur Oye-Adeniran et le professeur Adewole, l'avortement à risques est une simple question de santé individuelle et publique. ‹‹ En notre qualité d'obstétriciens et de gynécologues, nous savons pertinemment qu'une femme résolue à interrompre une grossesse parviendra à ses fins ››, déclare le docteur Oye-Adeniran. ‹‹ Quel qu'en soit le prix, elle avortera. Pourquoi donc ne pas le faire sans risques ? En tant que prestataire, quelles que soient vos tendances, principes ou antécédents — que votre père ou grand-père ait été prêtre et que vous ne puissiez vous y résoudre vous-même —, vous devez reconnaître que même si vous pensez que la patiente a péché, elle doit être en vie pour pouvoir se repentir. Telle est notre position. La mortalité maternelle est en hausse au Nigeria. Nous savons qu'un tiers à 40 pour cent en sont imputables aux complications de l'avortement à risques. C'est donc bien là qu'est le problème. ›› Le rapport de mortalité maternelle au Nigeria est parmi les plus élevés du monde - une mère sur 14 meurt de causes liées à la grossesse ou à l'accouchement. Beaucoup de femmes s'adressent à des prestataires non qualifiés pour interrompre leur grossesse. Les jeunes femmes courent le plus grand risque : plus de la moitié des patientes admises dans les hôpitaux du Nigeria pour cause de complications d'un avortement sont adolescentes. Les femmes les plus démunies sont aussi les plus vulnérables. Comme dans beaucoup de pays du monde où l'avortement est largement restreint, la qualité des soins se réduit souvent à une question de ressources. Celles qui en ont les moyens peuvent trouver un médecin disposé à leur assurer une procédure sans risques. ‹‹ Au Nigeria, l'accès est refusé aux femmes des échelons les plus bas de l'échelle socioéconomique ››, explique le docteur Oye-Adeniran. ‹‹ Les pauvres, les méconnues et les jeunes. ›› La campagne CAUP a adopté, face à la complexité du problème, une approche originale à facettes multiples. Pour aider les femmes à éviter les grossesses non désirées, elle préconise une éducation complète à la sexualité et un accès amélioré à l'information et aux services de planification familiale. Pour offrir aux femmes enceintes autant d'options que possible, elle soutient du reste l'élargissement des services d'adoption et d'accueil en famille. Et pour éviter l'avortement à risques et les décès et lésions qui en résultent, elle défend une législation nationale de santé reproductive et de services de soins de l'avortement sans risques dans la pleine mesure autorisée par la loi. Les quatre co-coordinateurs de la CAUP — le docteur Oye-Adeniran, le professeur Adewole, Ngozi Iwere et le juge Pat Mahmoud de l'État du nord de Kano, soumis à la charia — forment un microcosme de la diversité régionale, ethnique et religieuse nigériane, témoin de la tragique urgence posée par l'avortement à risques. Ils ont démontré qu'il est possible, malgré la fureur du débat sur la légalisation de l'avortement sans risques, de trouver un terrain d'entente. ‹‹ Nos vues sont différentes à la CAUP, mais nous acceptons nos différences mutuelles ››, en dit le professeur Adewole. ‹‹ On ne peut pas dire non à tout ; il faut admettre certaines choses. Chaque Nigérian devrait pouvoir admettre au moins un de ces programmes —éducation à la sexualité, planification familiale, adoption et accueil en famille ou légalisation de l'avortement — pour éviter les grossesses non désirées et les avortements à risques. ›› Et le docteur Oye-Adeniran d'ajouter : ‹‹ Nous tenons à inclure tout le monde. Plutôt que de forcer les gens à clarifier leurs valeurs, nous les invitons simplement à nous dire ce qu'ils sont prêts à accepter et soutenir. ›› L'IWHC soutient la campagne CAUP depuis sa création en 1991. Nous appuyons actuellement ses efforts de sensibilisation à l'avortement à risques au Nigeria et d'instauration de services de santé sexuelle et reproductive ouverts aux jeunes dans les établissements de santé tertiaires du pays. |