"Une personne peut prendre la tête d'un groupe, mais lorsque ce leader disparaît, ou passe à d'autres activités, tout le progrès s'arrête. Il incombe aux leaders de bâtir un véritable processus du changement. J'y vois, moi-même, ma responsabilité..."
En 2001, à l'âge de 21 ans, Mónica Carrillo fondait le Centro de Estudios y Promocion Afro-Peruano (centre afro-péruvien d'études et d'autonomisation, dit LUNDU), une organisation vouée à la promotion des droits humains et à l'encouragement à l'engagement politique de la population d'ascendance africaine au Pérou. En particulier, LUNDU cherche à autonomiser les jeunes des milieux défavorisés sujets à une discrimination rampante et peu informés sur les questions de la sexualité et de la santé génésique.
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Jennifer Kidwell, IWHC: Comment êtes-vous entrée dans la lutte pour les droits et la santé des femmes et des jeunes?
Mónica Carrillo: Je me suis rendu compte, très tôt, des immenses besoins des jeunes, afro-descendants surtout, qui vivent chaque jour au carrefour entre le racisme et le sexisme.
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IWHC: Pourquoi avez-vous fondé LUNDU?
MC: LUNDU est née d'un point de vue personnel. Déjà enfant, j'étais consciente de la nécessité d'apporter une réponse au racisme. Il existe, selon moi, quatre façons de faire face au racisme: la première, si l'on vit dans un contexte très difficile comme celui du Pérou, consiste à accepter les opinions et les plaisanteries généralement racistes et à se méprendre, au sens large, sur l'identité des Afro-descendants.
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IWHC: Avec qui avez-vous formé LUNDU?
MC: Dès le début, nous formions un groupe d'Afro-descendants allant d'un comptable et d'un avocat à de simples femmes de ménage. Cela tient directement à notre contexte, car les Afro-Péruviens ont rarement l'occasion de faire des études.
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IWHC: Et l'appellation LUNDU, d'où vient-elle?
MC: Le mot lundu vient de la langue kikongo, parlée en Angola. Il veut dire "successeur", la personne qui vient après. Nous avons choisi ce nom parce que notre ambition est d'améliorer les approches, ou d'en développer de nouvelles, pour un mouvement afro-descendant.
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IWHC: Dans quelle mesure diriez-vous que les travaux de LUNDU et vos propres efforts personnels ont changé la vie des jeunes?
MC: Il importe tant de créer et de développer un mouvement et une organisation de base pour les jeunes afro-péruviens. Une personne peut prendre la tête d'un groupe, mais lorsque ce leader disparaît, ou passe à d'autres activités, tout le progrès s'arrête. Il incombe aux leaders de bâtir un véritable processus du changement. J'y vois, moi-même, ma responsabilité-pas seulement LUNDU, mais la création d'un mouvement tout entier.
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IWHC: Pourriez-vous nous raconter, par exemple, l'histoire d'une fille autonomisée par son expérience chez LUNDU, ou amenée à envisager différemment le monde et son identité?
MC: Bien sûr. Prenons Olga, par exemple, une jeune fille de 12 ans. Olga vient d'El Callao, une ville portuaire du Pérou. Olga était l'une des enfants les plus persécutées de son école…parce qu'elle était noire, qu'elle avait un "gros nez", qu'elle était afro-descendante. Elle avait des tas de problèmes et elle ne voulait plus aller à l'école.
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IWHC: Quels sont, selon vous, les plus grands défis que doivent relever, aujourd'hui, les jeunes du Pérou, dans les endroits où vous travaillez surtout, comme à El Carmen et El Callao? Et que dire des plus grandes occasions à saisir?
MC: Je pense que pour le moment, le défi est de continuer à les aider à déconstruire le racisme qu'ils ont internalisé, pour qu'ils aient la possibilité de rêver et de croire qu'ils peuvent bâtir un autre type de vie, pour eux-mêmes, pour leur communauté et pour leur pays.
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IWHC: Sur le plan de la santé, que diriez-vous des difficultés auxquelles les Afro-descendants du Pérou doivent faire face, en particulier les jeunes femmes et filles?
MC: Il y a probablement trois grandes priorités à considérer. D'abord, dans notre contexte, les filles et les jeunes femmes doivent avoir la possibilité de dire oui aussi bien que non au niveau de la négociation sexuelle.
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IWHC: Le VIH/sida constitue-t-il un problème pour les jeunes femmes du Pérou? Je crois comprendre que beaucoup de gens ne le pensent pas, ou l'ignorent.
MC: Oui, c'est un problème, mais l'information statistique et empirique dont nous disposons n'est pas suffisante. Je veux dire, nous savons que le problème existe car nous vivons au sein de la communauté, et nous savons qui est malade.
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IWHC: Que dire des taux de grossesse parmi les adolescentes et jeunes filles afro-péruviennes?
MC: Dans la ville rurale pauvre de El Carmen où nous travaillons, par exemple, je dirais que 80 pour cent des femmes, probablement, ont été enceintes avant l'âge de 20 ans. Plus souvent à l'âge de 16 ou 17 ans, mais certainement avant 20 ans, la plupart ont déjà été enceintes ou ont des enfants.
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IWHC: Que pense votre famille du fait que vous avez la vingtaine bien avancée, que vous n'êtes pas mariée et que vous n'avez pas d'enfant?
MC: Pour eux, c'est un problème. Parce qu'à 28 ans, on doit avoir un mari, des enfants, une famille. Il est rare pour une femme d'ascendance africaine au Pérou de se dévouer si longtemps à son travail et d'être si active sur les questions sociales.
IWHC: Selon vous, que pourraient faire les activistes, ou d'autres groupes, pour que les jeunes participent davantage à la décision et aient plus à dire sur leur propre destin?
MC: Je pense que de nombreux mouvements de jeunes commettent l'erreur de penser qu'ils seront toujours jeunes et bâtissent donc une identité limitée à la jeunesse. Où se trouve pourtant la limite entre être jeune ou non? Et que se passe-t-il au bout de deux ans, ou 10, quand ces activistes ne sont plus jeunes?
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IWHC: Quels sont vos rêves pour l'avenir? Comment décririez-vous votre vision d'un monde idéal?
MC: D'abord, mon rêve est que les Afro-descendants, et toutes les communautés historiquement exclues, disposent d'un espace où ils puissent prendre des décisions, pour bâtir, diriger ou injecter leurs valeurs particulières dans leurs processus nationaux et régionaux.
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IWHC: Comment avez-vous découvert l'IWHC? Comment décririez-vous votre collaboration avec l'IWHC au fil des ans?
MC: Il faut souligner la "Coalition internationale pour la santé des femmes" ne travaille en fait pas seulement avec les femmes. Bien sûr, nous travaillons ensemble sur certains projets qui ne concernent que les femmes, car il importe qu'elles disposent d'un espace réservé à la discussion de leurs besoins. La réalité de la perspective du genre n'en est pas moins de reconnaître que les problèmes de genre se posent entre les hommes et les femmes.
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