Cinquième Conférence sur la population pour l’Asie et le Pacifique Bangkok, 11-17 décembre, 2002 Print
En 2002, la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (ESCAP/CESAP) et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA/FNUAP) ont organisé la première manifestation régionale de préparation au 10e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD). Tenue à Bangkok du 11 au 17 décembre 2002, la Cinquième Conférence sur la population pour l’Asie et le Pacifique a réuni 35 nations soucieuses d’évaluer les progrès de la mise en œuvre du Programme d’action de la CIPD, d’en examiner les obstacles et d’adopter un Plan d’action apte à en assurer la progression à venir.

La Cinquième Conférence sur la population pour l’Asie et le Pacifique a clôturé ses travaux, le 17 décembre 2002, à Bangkok, par l’adoption par consensus d’un Plan d’action venant réaffirmer sans équivoque l’engagement de la région envers la CIPD et CIPD+5. Victoire retentissante pour les défenseurs de la santé des femmes et des droits en matière de reproduction, qui s’étaient trouvés confrontés à des obstacles plus formidables les uns que les autres : une délégation américaine en liaison directe avec la Maison-Blanche, chargée d’une mission d’invalidation de la CIPD ; l’avant-projet faible de la deuxième session du Comité préparatoire d’octobre 2002 ; des délégations principalement formées de professionnels techniquement compétents mais sans expérience ou peu de la négociation ; un Secrétariat peu préparé ou non habitué aux négociations sujettes à la dissension ; le tout sans compter la brièveté extrême des débats.

Sept jours durant, les pays d’Asie et du Pacifique, aux côtés du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la France, sont restés unis face à l’obstructionnisme soutenu des États-Unis et à leurs manœuvres procédurales de dérapage du Programme d’action de la CIPD. Les États-Unis les ayant finalement contraints à voter sur l’inclusion dans le Plan d’action des sections spécifiques relatives aux droits reproductifs et à la santé des adolescents, ils ont fait retentir clairement leurs voix : 31-1 (avec 2 abstentions), et 32-1 (avec 2 abstentions).

Le Plan d’action conserve partout les notions clés de santé et droits en matière de reproduction, santé en matière de sexualité et services de santé en matière de reproduction. Il réaffirme les droits reproductifs des adolescentsreproductive rights of adolescents et la nécessité de leur assurer un accès à une information et à des services de santé de la reproduction ouverts aux jeunes, adaptés à leur âge, factuels et respectueux de la confidentialité. Il invite les gouvernements à traiter l’avortement à risquesunsafe abortion en tant que problème majeur de la santé publique et à adopter à ce titre des stratégies pertinentes, y compris celles définies par la CIPD (paragraphes 7.24 et 8.25) et lors du bilan CIPD+5 (paragraphe 63). Il préconise la mise en œuvre de programmes de prévention du VIH prévoyant l’apport de préservatifs masculins et féminins et la promotion de leur usage constant. Il lance enfin un appel urgent à la recherche de méthodes de prévention du VIH contrôlées par les femmes, telles que les microbicides.

Quant aux exigences de la délégation des États-Unis, plusieurs ont pu être exclues ou éliminées avec succès du texte définitif. Les amendements américains auraient limité les programmes pour adolescents à un message d’abstinence seule jusqu’au mariage, affaibli la formule approuvée sur l’avortement légal sans risques et, dans un paragraphe relatif à la planification familiale, supprimé l’équilibre soigneusement négocié depuis longtemps déjà entre la référence au respect des « valeurs culturelles et croyances religieuses » et l’impératif de conformité à l’égard des droits de l’homme. Malgré les manœuvres entreprises par les États-Unis pour réintroduire ces notions préjudiciables dans le Plan d’action de l’ESCAP/CESAP sous forme de « réserve générale », le Plan d’action final renvoie à une note de pure procédure, au niveau de la réaffirmation formulée au 2e paragraphe du préambule, comparable à celle consentie au Saint-Siège pour le chapitre VIII du Programme d’action de la CIPD.

Les États-Unis ont produit une Réserve généraleGeneral Reservation écrite de deux pages au Plan d’action final. Cette réserve établit clairement que les États-Unis ne soutiennent plus le Programme d’action de la CIPD. Elle déclare aussi, pour la première fois, que les États-Unis protègent « la vie innocente, de la conception à la mort naturelle ». Un discoursspeech prononcé le 16 décembre 2002 par M. Dewey, secrétaire d’État adjoint, confirme cette position. En dépit des nombreuses manœuvres procédurales tentées par les États-Unis pour assurer l’inclusion de sa Réserve générale dans le texte même du Plan d’action, la Conférence a conclu qu’il convenait de la reléguer à une section distincte, en fin de rapport, selon la pratique ordinaire.

Quelques mois plus tard, les États-Unis ont admis une issue comparable à la session d’avril 2003 de la Commission de population et du développement. La délégation des États-Unis y a soumis une déclaration de positionstatement of position, sans toutefois faire campagne, comme à Bangkok, contre le consensus pour la réaffirmation du Programme d’action de la CIPD.
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